La taxe carbone comme base d’une société plus juste, plus sociale et plus écologique
On y est. La France devrait introduire à partir de 2010 un impôt sur les émissions de CO2. Ce sera le premier des pays du G8 à le faire (Suisse et Suède l’ont fait, par exemple).
La tension médiatico-politique autour de cet impôt est devenu importante car personne n’a pris le temps d’expliquer le tenants et aboutissements de cette taxe carbone ni de l’utiliser comme arme majeure pour une société plus écologique et plus juste.
L’idée de la taxe carbone
La taxe carbone est très simple : on impose le CO2 à un certain montant par tonne émise par les diverses activités le consommant (pétrole, fioul, gaz, charbon, lignite : au final tout sera imposé) et augmenter cet impôt de manière durable et progressive. Durable, car cette augmentation planifiée des prix des fossiles doit permettre des changements dans les comportements des acteurs économiques. Progressive, car un doublement aujourd’hui des prix du pétrole par exemple est dangereuse pour l’économie et même la démocratie (j’y reviendrai en fin d’article). Une bonne base serait 30 € par tonne la première année, puis 30 € de plus par tonne pendant 10 ans. Ca, c’est l’idéal : le gouvernement est beaucoup plus modeste, donc moins ambitieux, au risque de ne pas permettre la transformation nécessaire du système sociétal et économique.
Pour mettre en oeuvre ce prélèvement généralisé et croissant sur les énergies fossiles, il faudrait réellement dire la vérité aux Français, c’est-à-dire que le monde est fini et que nous n’aurons pas définitivement de plus en plus de biens matériels, que le renouvelable ne résoudra aucune solution dans les 10 ans à venir (or le problème de la raréfaction des ressources est pour bientôt). La vérité, c’est que la consommation d’énergies fossiles a tellement augmenté depuis un siècle en Occident que tous les acteurs devront être contraints, même (et surtout) les plus modestes, le jour où la réalité physique de la raréfaction des ressources se traduira dans les prix. La physique est, rappelons-le, ni de gauche, ni de droite, et elle ne fait aucun sentiment. Tant que le président ne tiendra pas ce discours, qui est le seul qui corresponde à la réalité physique, il ne fait qu’entretenir des illusions dangereuses (et cette remarque vaut pour le PS), et il sera inutile qu’il se prévale du vrai courage.
30 € la tonne, c’est 7 centimes par an par litre d”essence, la même chose pour le fioul domestique, moins d’un centime par Kwh de gaz ou d’électricité.
La raison en est simple. Nous nous rapprochons rapidement d’un monde de raréfaction des énergies fossiles. Le “peak oil” (date à laquelle la quantité de pétrole extraite du sol ne peut plus augmenter, pour des raisons physiques) est prévu, d’après les ingénieurs pétroliers, pour 2010 à 2020. Pour le gaz ce sont 10 années de plus, le charbon pourrait faire durer le jeu (brûler du carbone avec 2% d’augmentation chaque année) une cinquantaine d’années (avec des conséquences fatales pour le changement climatique.
En d’autres mots : le prix du pétrole va augmenter, de gré ou de force, pour des raisons physiques ! (à supposer que les producteurs veuillent encore nous vendre cet or noir et non le garder pour leur consommation domestique ou celle de leurs copains). Que nous le voulions ou non, circuler, se chauffer, s’électriser deviendra cher. Beaucoup plus cher.
Face à cette évidence physique du peak oil, nous avons deux solutions : soit nous continuons à payer un prix exorbitant à des pays douteux (Arabie Saoudite, Iran, Russie, Vénézuéla), ou alors nous gardons cet argent pour nous en France, en prélevant un impôt sur l’énergie. Et nous partageons ces ressources.
Prélever un impôt est naturellement très impopulaire : fiscaliser pour changer les comportements et baisser d’autres impôts a du sens. La croissance des dernières 50 années a toujours été permise par celle de l’énergie utilisée. La récession actuelle a d’ailleurs eu comme conséquence que pour la première fois dans l’histoire de la civilisation industrielle, on a consommé moins de pétrole et de gaz en 2008 que l’année précédente. En traduction : si notre modèle économique ne change pas, il n’y aura aucune croissance dans le cadre d’une baisse ou même stabilisation de la production d’énergies fossiles.
Pour baisser cette consommation, deux possibilités : la taxe ou la récession. Qu’est-ce qui est le plus facile à vendre en démocratie ?
La taxe carbone à 30 € la tonne rapporterait à la louche quelques 10 milliards la première année (je n’ai pas fait les calculs, mais dans l’ordre de grandeur, c’est ca). La 10e année cela représente, à 300 € la tonne, 100 milliards (une baisse de la consommation de fossiles de 3% par an, qui est le but de la taxe, mettrait ce produit à 50 milliards). L’argent doit être dirigé dans 3 directions majeures : aider les individus socialement les plus modestes, qui vont souffrir le plus au début de l’augmentation des prix ; rendre le travail humain moins cher (quand l’énergie pas chère viendra à manquer il faudra des bras) ; permettre le passage d’une économie consommatrice de CO2 à une économie sans CO2 (à ceux qui disent que c’est impossible de ne pas émettre du CO2 fossile, on leur répond que ce n’est pas notre faute si la Terre et ses ressources sont finies, et qu’un jour il n’y aura plus rien à émettre).
Introduction d’un chèque vert
L’idée du chèque vert est simple et va dans la direction d’un revenu minimum d’existence : 65 millions d’habitants reçoivent chaque année un chèque (ou une baisse d’impôts) de 50 € la première année, en augmentation moindre les années suivantes : une famille avec 2 enfants pourra ainsi compenser la hausse du fioul (1.500 litres * 0,06 € = 90 €), de l’essence (1.200 Liter * 0,07 € = 84 €) et autres hausses mineures (électricité) ou majeures (billet d’avion). Chacun garde sa liberté de changer son comportement pour diminuer ses coûts et garder le bénéfice du chèque pour lui-même. Ne pas mettre en place la taxe, c’est donner le montant de ce chèque aux pays producteurs de pétrole. Chacun est libre donc de ces choix : ce qui est certain est que la consommation globale baissera.
Baisse des charges sociales pour favoriser l’emploi
L’idée de baisser les charges sociales est en France aussi vieille que ces charges elles-mêmes. Comme les entreprises payeront aussi la taxe, il faut leur compenser ces coûts tout en favorisant le travail.
A l’heure actuelle, celle de l’énergie quasi-gratuite, les entreprises ont tendance à avoir des comportements peu responsables vis-à-vis de l’énergie et aussi à délocaliser leur production là où le travail coûte moins. Avec la taxe, tout change progressivement : le coût du travail en France baisse, les coûts de transport des produits délocalisés augmentent, et les entreprises mettent en place des programmes d’économies, programmes pouvant être encouragés (mise en place du télétravail pour diminuer les coûts de l’entreprise et du salarié, suppression des voitures de fonction).
La taxe carbone aura ainsi un impact sur la qualité de vie : moins de chômage (globalement), une meilleure qualité de vie, et un financement public passant progressivement d’une fiscalisation du travail à celle de l’énergie.
L’alternative pour les entreprises est, grossièrement : attendre les prochains chocs pétroliers, faire faillite, et faire augmenter le chômage.
Favoriser le changement vers l’économie sans CO2
Il ne suffit pas d’augmenter les impôts pour encourager chacun à changer son comportement, si des investissements massifs ne sont pas encouragés.
Investissement dans l’éducation, pour que chaque lycéen, chaque citoyen, chaque élu connaisse les enjeux de la problématique énergie – climat.
Investissement dans le parc immobilier, par la mise en place de crédits gratuits pour les rénovations thermiques des logements, et le financement d’une rénovation massive des logements sociaux (qui fera baisser les charges des plus modestes). Investissement dans la formation des corps de métier concernés par ces économies d’énergie, ouvriers en bâtiment, chauffagistes et autres.
Investissement dans l’offre de transports publics, pour que nombreux aient la possibilité de passer de la voiture aux transports publics.
Avancer sur ces points-là est indispensable pour que chacun sente le souffle nouveau d’une économie moins axée sur la consommation toujours plus grande de fossiles.
Le plus important : planification à long terme
Une fois cet impôt adopté, il ne faut pas bouger la ligne, ce qui en démocratie n’est jamais évident. Il faut que chaque agent économique puisse planifier à long terme et comprendre que nous ne sommes plus dans le monde des années 80. S’il n’y a pas cette fiabilité dans les décisions politiques (par exemple si en 2012 un candidat proposant sa suppression gagnait), rien ne fonctionnera.
Pour résumer, je reprendrai les arguments trouvés sur le site Interne de Jean-Marc Jancovici : www.manicore.com
Si le cahier des charges impose de ne pas augmenter la pression fiscale et d’augmenter l’équité, la redistribution peut être gérée d’une manière on ne peut plus simple (c’est la proposition de la Fondation Nicolas Hulot). Ce qui est prélevé sur les ménages via la hausse du gaz, du fioul, des carburants, etc, est redistribué aux ménages sous forme d’un chèque de l’administration fiscale en fin d’année, d’un montant égal pour tout contribuable, et ce qui est prélevé sur les entreprises est redistribué sous forme d’une baisse des charges
Cette mesure est équitable (un rapide calcul montre que les ménages à faibles revenus toucheront plus qu’ils ne dépensent), encourage l’emploi (elle avantage la main d’œuvre et désavantage la machine), ce qui par les temps qui courent va devenir essentiel, et surtout incite à investir dans les économies (ce qui est l’effet principal recherché) avant que la hausse forcée des prix, à moyen terme, en arrivant de manière brutale et imposée, ne soit à l’origine d’un contexte beaucoup plus difficile.
Tout cela est connu, archi connu, et il n’y a aujourd’hui quasiment pas un individu normalement constitué qui, après examen approfondi du problème, considère que nous allons gérer cette contrainte carbone sans signal fiscal fort (il n’y a pas que cela, mais c’est incontournable).
L’alternative reste d’attendre un choc pétrolier majeur avec des risques sociaux et des risques pour la démocratie : il y a fort à parier qu’il est plus facile à un gouverneur populiste et autoritaire de s’implanter s’il y a des tensions sociales dues à des hausses massives de l’énergie.










September 1st, 2009 at 10:14
Bravo. C’est tout à fait approprié. La démagogie opposant le “social” et l’environnnemental mérite d’être combattue très fermement – et je suis inquiet qu’elle trouve un tel écho au PS…
September 1st, 2009 at 11:06
Sur le fond à présent. Je n’insisterais pas tant sur le “peak oil”: d’une part parce que la date en est incertaine, et d’autre part, parce que des palliatifs à base de charbon peuvent encore assurer l’alimentation pendant des décennies.
La contrainte la plus forte, et de très court terme, c’est pour moi le climat. Pour vivre, les humains ont besoin d’agriculture (la chasse et la cueillette, çà ne nourrit pas sa population de milliards d’habitants). L’agriculture, c’est la présence, en un même lieu, d’une population, d’un sol et d’un climat. Un sol prend des (dizaines de) milliers d’années à se constituer, quelques années à se dégrader. Avec le réchauffement climatique, des sols qui soutenaient une agriculture seront transformés en désert, et il faudra attendre quelques millénaires avant que ceux de la toundra arctique deviennent aptes à quoi que ce soit. La conséquence prévisible, c’est que les populations de ces régions devenues désertiques émigrent en masse. La “migration des peuples” en Allemand, se traduit par “invasions barbares” en Français… et ce n’est drôle pour personne. La dernière fois, il a fallu quelques siècles à la civilisation pour s’en remettre, et les conditions de vie étaient bien plus favorables qu’elles ne promettent de l’être dans un proche avenir.
September 1st, 2009 at 11:59
Merci Laurent. C’est peut-être mon côté économiste qui me fait voir le peak oil comme la menace la plus proche. Sur le climat, je te rejoins tout à fait. Ca peut finir en guerre ce truc là.
Les investissements colossaux nécessaires à la liquéfaction du charbon doivent être rendus tellement chers que cet argent ira dans autre chose plus utile à la planète et l’économie.
Et de toutes facons, l’Europe n’a pas ou peu de charbon. Et peu importe qui dirigera la Sarre.
Avec la taxe, on trouve le moyen de rapprocher écologie et économie !
September 1st, 2009 at 12:14
Bon article, je l’ai relayé ici : http://www.democratiedurableblog.fr/index.php?post/2009/09/01/Taxe-carbone-%3A-suite-et-suite
A propos du chèque vert, je pense qu’il vaudrait mieux le remplacer par un mode de redistribution qui obligerait d’acheter certains produits : le ticket vert. J’en parle ici : http://www.democratiedurableblog.fr/index.php?post/2009/08/07/Plutot-quun-cheque-vert-%3A-un-ticket-vert
En gros, on donne une somme en tickets verts au français, et ils ne peuvent le dépenser que sur certains produits qui permettent de réduire les émissions (aliments bios ou de saison, billets de transports en commun, lampes à LED, véhicules propres, etc).
L’état devra redistribuer ensuite l’argent de la taxe carbone aux entreprises ayant récolté des tickets verts.
Ce système permettrait de redistribuer la taxe aux entreprises proposant des produits ou services écologiques vraiment utiles au citoyen.
September 1st, 2009 at 12:17
Sinon j’essaie de mettre en place un flux rassemblant des blogs d’écologistes modérés de droite, du centre et de gauche : la centrale verte.
Ca t’intéresserait d’y participer ?
September 1st, 2009 at 12:19
Bon article. Effectivement, la taxe carbone qui est une taxe sur une forme de pollution en fait doit être à un niveau plus élevé qu’envisagé pour être efficace et induire des changements de comportement, un peu comme l’on augmente les taxes sur le tabac pour en faire baisser la consommation.
Je ne partage cependant pas l’idée d’une affectation vers la baisse des charges. Les mesures actuelles de baisse des charges sont peu productives et il est difficile d’y mettre fin ensuite. Il me semble plus intéressant de réformer l’impôt sur les sociétés pour qu’il concerne vraiment toutes les sociétés et de porter une parti de l’allègement fiscal que tu envisages.
Ensuite, autre précision, le pic de production a été atteint aux États-Unis dans les années 1970-1980, il sera atteint avant 2015 ou l’a déjà été dans la plupart des pays du Golfe selon les réserves prouvées et non potentielles. Il devient donc urgent de trouver autre chose. La réponse est : quoi ?
Tu le dis toi-même, les énergies renouvelables et d’autres technologies ne pourront prendre le relais de façon importante pendant les 10 prochaines années. Il convient donc d’investir abondamment dans les économies d’énergies et dans la rénovation des transports publics type rail qui ont sous-financés depuis quelques années.
Enfin, je suggèrerai une autre idée. Pourquoi ne pas modifier la règlementation bancaire afin de favoriser le financement de projets verts ou plus économes en ressources. En agissant directement à la source, on pourrait prévenir au lieu de guérir. Ceci permettrait de changer les modes de réflexion, ce qui est l’élément essentiel à l’heure actuelle.
September 1st, 2009 at 13:43
@ vincent15 : bonne idée que le ticket vert. C’est comme des quotas négociables mais à l’envers.
Ok pour la participation à la centrale verte
@orange pressé : la baisse de l’IS ne concerne que les boîtes qui font des bénéfices. Or celles touchées au début par la taxe n’en feront plus. Permettons-leur de garder la tête au-dessus de l’eau. D’où mon idée de baisse des charges.
Pour remplacer le pétrole ? On n’a pas grand chose. On peut passer au gaz (10 ans de plus), puis au charbon liquéfié (40 ans de plus et adieu la planète) contre des investissements colossaux. La seule solution est l’économie : sur l’isolation, les transports et l’agriculture (les engrais consomment à mort) et les organisations (télétravail etc.). Les biocarburants peuvent permettre uniquement aux tracteurs et moissonneuses de rouler, en y consacrant 10% des terres, ce qui est déjà ca. Mais pas les autres. L’électrique, il faut bien le produire : qui veut du nucléaire au coin de sa rue ou une centrale à charbon en face de chez lui ?
++ pour la règlementation bancaire.
Au final, le tapage sur la taxe carbone doit continuer pour bien sensibiliser sur les enjeux ! Les francais sont trop ignorants, mais ca va changer. Comme pour le tabac. Et après ils accepteront joyeusement la taxe.
September 1st, 2009 at 14:36
Cher Florent,
Enchantée de te lire, mais que dis-tu de la vidéo de Ségolène Royal face à Apathie ?
http://www.dailymotion.com/video/xacewj_sur-rtl-non-ce-nest-pas-une-fiscali_news
et surtout de ses arguments ?
September 1st, 2009 at 16:17
c’est plein de démagogie son histoire.
Voilà ses arguments :
_”un impôt de plus sur l’essence, le gasoil et le fioul” : jusqu’ici elle a compris.
_ “une fiscalité écologique permet aux gens de changer de comportement” : c’est le but de la taxe carbone, non ?
_ “est-ce qu’aujourd’hui on peut changer sa voiture par une voiture électrique : la réponse est non ?” : en gros, selon elle, il faut attendre que le marché propose des voitures électriques avant d’agir. C’est comme attendre d’avoir des banques responsables avant de réguler le système financier. N’oublions pas qu’elle vient de sauver Heuliez de la faillite, qui fabrique des voitures électriques et Poitou-Charentes (et ne demande qu’à la voir venir, la taxe). Lors des premiers chocs pétroliers, l’offre de voitures peu polluantes n’était pas encore là non plus, et les constructeurs se sont adaptés. Tout au plus, il y aura un petit décalage, qui est compensable.
_ “rendre + cher ce qui pollue et – ce qui ne pollue pas” : ok on est en plein dedans.
_ elle ne croit pas au chèque vert : “vous avez déjà vu un impôt qu’on restitue ?”. Mieux vaut entendre ca que d’être sourd, car les socialistes sont spécialistes de ce genre de chose. DEMAGOGIE
_ “le consommateur n’a pas la liberté de choix de changer” : ca aussi c’est nouveau. L’isolation des logements, les déménagements (qui sont mieux choisis que subis), les vacances en France plutôt qu’aux Caraibes, le train pour aller voir son fils à Paris plutôt que la voiture, ca n’existe pas ? En gros pour elle, le fait qu’on n’ait pas assez de voitures électriques pour inonder la France est un facteur bloquant.
_ elle parle de ses exploits avec les déchets : grâce à sa taxe, elle a résolu le problème et fait de la France un pays à la compétence et la compétitivité dans ce domaine. C’est exactement ce qui va se passer avec la taxe carbone : moins de CO2 et de fossiles, des énergies propres et voitures propres, du vertueux qui permettra d’être compétitif à l’international. En quoi la taxe déchets est bonne et pas la taxe carbone ? Elle aboutit aux mêmes résultats !
_ “dangereux que l’écologie serve de prétexte à de nouveaux impôts car un jour les gens seront dégoûtés” : j’en ai la larme à l’oeil. C’est immonde de dire ca : quand le pétrole sera à 200 $ ou plus, l’essence à 2€ et le fioul impayable, les gens ne seront pas dégoûtés ? Oui, et on ne pourra rien faire pour eux.
_ “encourager positivement les acteurs” : avec quels moyens ?
Là où elle a raison, c’est sur sa crainte que la taxe ne serve qu’à remplir les caisses vides. Et je la rejoins sur ce point. Ca fait léger !
_
September 1st, 2009 at 16:25
Bonjour Florian et Danièle,
C´est comme même un peu dur de lire que « Pour baisser cette consommation (d´énergie non renouvelable), deux possibilités : la taxe ou la récession » comme Florian l´écrits dans ton article.
Ce Credo pour infléchir le comportement des agents économiques me rappelle malheureusement le coup de l´impôt de solidarité dit encore Solidaritätszuschlag mis en place par le gouvernement Kohl en 1991 et qui devait contribuer au financement des infrastructures dans l´ancienne RDA.
En fait, cet impôt supplémentaire, qui frappe comme par hasard tous les revenus (entreprises et ménages) mais pas le patrimoine (l´impôt sur le patrimoine a été supprimé quelques 6 ans plus tard) n´est ni limité dans le temps, ni dans l´espace. De cette manière, au nom d´un objectif tout à fait louable, un impôt de solidarité s´est transformé en impôt supplémentaire complétant l´ arsenal des prélèvements obligatoires existants. Et nous avons depuis quelques années des discussions très vives pour savoir si cet impôt est vraiment constitutionnel…
Infléchir ou encore corriger la demande des agents économiques par une politique fiscale n´a rien de nouveau. C´est l´ un rôle majeur de l´impôt dans l´ allocation à long terme des ressources et toute la logique des transferts sociaux que nous connaissons bien en France. En cela je ne suis pas en désaccord avec les propositions de Florian. MAIS, cette redistribution de la charge de l´impôt ne doit en aucun conduire à une augmentation des recettes de l´état, histoire de combler en douceur les déficits anciens et nouveaux. Et là je suis d´accord avec S. Royal.
La réduction de la demande d´énergie non renouvelable devrait être le chantier majeur d´un plan de relance anticyclique qui financerait en premier chef les technologies de l´avenir – batterie au Lithium, voiture électrique, transports publiques, urbanisme et assainissement du parc des logements anciens et construction de logement alternatifs…) . Or les mesures mises en place par les gouvernements Sarkozy et Merkel reviennent à soutenir des industries du passé et la consommation courante des ménages. Au lieu de profiter de la récession actuelle pour investir dans l´avenir, on a fait au plus pressé et crée des déficits à grande échelle qu’il faut maintenant combler.
En conclusion, ne tombons pas dans la démagogie fiscale actuelle qui revient à créer un impôt supplémentaire limité vers le haut par le bouclier fiscal. Dans l´histoire de l´impôt, les nouveaux prélèvements obligatoires ne sont JAMAIS neutres ou encore compensées. L´histoire fiscale est toujours pavée de bonnes intentions (et notre très cher Michel Rocard devrait lentement considérer au plus vite son état de retraité). La neutralité fiscale reste malheureusement un comte de fée.
Jean-Philippe
September 1st, 2009 at 20:16
Excellent billet, très clair, bravo. Tout à fait d’accord aussi sur la réponse #8, j’ai entendu Mme Royal au JT, c’était effrayant. Jeux de mots, évitement de questions, prétextes et compagnie. Tout sauf un sens minimum de la responsabilité, qu’on attendrait d’une personne politique ayant cette influence.
D’accord aussi avec l’idée de flux centrale verte (#5)
September 5th, 2009 at 05:39
Je prendrais la taxe carbone au sérieux quand la société s’attaquera aux vraix problèmes en matière de baisse d’émission de CO2…. la Taxe carbone telle qu’elle est présentée est hypocrite et c’est une des raisons pour laquelle elle passe mal dans l’opinion publique….
September 7th, 2009 at 09:58
@admin : j’ai ajouté le flux en français dans la centrale verte. Merci d’ajouter le flux sur le site, les codes sont ici : http://www.democratiedurableblog.fr/index.php?post/2009/07/17/Centrale-verte
@FredericLN : ça veux dire que tu veux participer ? Dans ce cas je peux ajouter le flux de ton tag environnement-planète
September 7th, 2009 at 22:12
@ vincent15 : oui, j’ai découvert entre temps que le flux existait déjà, c’est exactement ce que je suggérerais, merci d’avance !
September 8th, 2009 at 06:30
Assez d’accord avec le commentaire de JPZ. De plus rien ne prouve que cette taxe carbone soit efficace et on l’annonce comme la solution miracle. Y a-t-il d’autres approches pour changer les comportements si cette taxe n’atteint pas son but…..
Une étude américaine avec une approche style taxe carbone montre que les petits revenus vont voir leur pouvoir d’achat diminuer de 4.5% ce qui est loin d’être négligeable.
En plus pourquoi ne pas attendre la conférence de Copenhague afin que tout le monde débatte ensemble et prendre une décision collective. En Occident nous avons globalement profité de la société de consommation et parler de décroissance n’est pas une hérésie. L’Inde par exemple ne veut pas entendre parler de décroissance car les indiens veulent attendre de rattraper notre qualité de vie avant d’envisager une telle approche. Comment faire dès lors ?
September 8th, 2009 at 13:15
Cher Europium,
à une question à l’ancien responsable de Saudi Aramco (société pétrolière nationale d’Arabie Saoudite, 25% des réserves mondiales de brut), lui demandant quand l’Inde et la Chine accèderaient aux modes de vie occidentaux, il répondit par un immense éclat de rire. C’est cynique, en effet, mais la physique ne permet pas à ces pays de se développer comme nous l’avons fait, dans une société carbonée.
Il ne s’agit pas de parler de décroissance mais d’autre modèles qui permettrons prospérité.
Je veux bien croire à l’analyse américaine si j’en ai la copie, cela dit une analyse d’Alternatives Economiques reprend mon intuition : les plus modestes y gagnent, les riches ruraux y perdent.
http://www.alternatives-economiques.fr/taxe-carbone—la-verite-des-chiffres_fr_art_633_44001.html
Par ailleurs le mode de développement urbain aux USA rend les modes de vie terriblement dépendants du pétrole là-bas. Plus dure sera la chute, et on a déjà vu ce que ca donnait avec les subprimes (dont la crise est intervenue en pleine et brutale hausse des prix du pétrole).
Quant aux autres approches, il reste les quotas de CO2 ou l’attente : http://www.manicore.com/documentation/serre/prix_CO2.html
September 8th, 2009 at 13:52
voici le lien demandé
http://www.voxeu.org/index.php?q=node/3911
En ce qui concerne le charbon certaines données indiquent que nous en aurions pour 150 ans car le charbon représenterait 80% de l’énergie fossile restante. Mais son utilisation en terme de pollution est catastrophique.
La liquéfaction du charbon mise au point dans les années 20 a été utilisée à grande échelle par deux pays soumis à la contrainte. L’Afrique du Sud en raison de l’embargo lié a l’apartheid et l’Allemagne Nazie . Une telle usine existe en Chine depuis 2008 et des projets sont à l’étude au USA.
La réflexion est la suivante, si dans une logique de contrainte malgré le problème du réchauffement climatique est-ce que d’autres pays pourraient ne pas se dire, basta, on fait comme les autres et on se lance dans la liquéfaction du charbon ?
September 9th, 2009 at 08:53
Merci pour cette étude. Elle est d’ailleurs applicable à une hausse de la TVA mais n’inclut pas de chèque vert, qui donné uniformément à tous, viendrait diminuer l’impact. Cf. études d’Alter Eco.
Donc : la taxe carbone non compensée frappe proportionnellement plus les plus modestes – comme la TVA – ; sa compensation permet d’inverser le rapport.
Pour le charbon, 150 ans c’est à production constante actuelle. Ce n’est pas comme ca que ca va se passer : il y a toujours un pic de production et une diminution progressive. A utilisation constante, le pic charbonnier est plus proche. DEs études intéressantes laissent croire qu’il arrivera plus vite que prévu, du fait de la mauvaise qualité du charbon restant à extraire.
http://www.agoravox.fr/actualites/environnement/article/richard-heinberg-pic-charbonnier-60648
Si on liquéfiait le charbon pour remplacer un pétrole en perte de production, la conso de charbon en hausse permettrait de tenir 40-50 ans de plus avant le pic charbonnier. Donc on reporterait le problème : 40-50 ans, c’est aussi juste assez pour commencer à se prendre dans la figure les premiers effets du réchauffement climatique.
Après, tout dépend de qui fait de la liquéfaction : en Europe, on a peu de charbon, donc on doit faire autre chose. Et empêcher les autres de le faire…
September 10th, 2009 at 07:53
Je vais continuer a être l’avocat du diable….
Un premier colloque mondial sur la liquéfaction du charbon a eu lieu en 2008 à Paris et un second en 2009 au USA.
Des universités européennes travaillent sur le sujet.
Il est étonnant qu’il y ait peu d’informations dans les grands médias sur un sujet qui pose d’énormes questions éthiques voire philosophiques!!!!!!
http://www.bulletins-electroniques.com/actualites/31680.htm
http://www.ecoresponsabilite.environnement.gouv.fr/article.php3?id_article=674