Nov 04

J’avais jusqu’ici des inquiétudes sur la pérennité long terme du tout nucléaire en France.

Je pense à juste titre que celui-ci bloque l’arrivée des énergies renouvelables, vu qu’en général il y a une relation inversement proportionnelle entre la part de nucléaire et la part de renouvelable dans la production électrique (en France comme ailleurs).

Mon inquiétude a évolué vers le moyen terme. Regardons les chiffres (publiés par le gouvernement) :

La production totale nette d’électricité s’élève à 549,1 TWh, soit +0,8% par rapport à 2007. Elle se répartit en 418,3 TWh nucléaires (76,2%), 68,1 TWh hydrauliques (12,4%), 56,9 TWh thermiques classiques (10,4%) et 5,7 TWh éoliens et photovoltaïques (1,0%).”

La consommation est passée à 469 TWh. Ce qui semble être favorable l’est nettement moins lorsqu’on sait que la production française est majoritairement incapable de faire face aux pics de demande (faible flexibilité du parc nucléaire), assurés entre autres grâce aux barrages (suisses) et aux usines à charbon (allemandes).

On peut dire que l’électricité en France dépend principalement de ses centrales nucléaires. Alternativement, les capacités de production sont maximales.

Nous venons d’apprendre récemment que 18 des 58 réacteurs nucléaires français sont à l’arrêt pour l’hiver (contre 4 ou 5 habituellement). Signal fort qui vient illustrer avec force le fait que la production nucléaire francaise baisse depuis 2005. (-3% en 3 ans) La puissance installée du parc nucléaire est de 63.200 MW (pour 418,3 TWh produits, soit 75,5% de taux d’utilisation): les 18 réacteurs manquants représentent 20.000 MW de moins (cf. liste des réacteurs et puissance installée). Même en tournant à plein régime, les 43.200 MW restant ne couvrent pas les besoins.

La France va devoir importer cet hiver. Ce qui semble être une erreur de gestion d’EDF sur la maintenance de ses réacteurs ressemble plus, en regardant la tendance, à une impossibilité structurelle d’exploiter plus le parc nucléaire français. Une raison majeure à cela est le vieillissement du parc : 6 réacteurs ont 30 ans ou + ; 23 entre 25 et 29 ans ; 21 entre 20 et 24 ans ; 8 ont moins de 20 ans, dont 4 moins de 15 ans (les plus récents étant 1,5 fois plus puissants que les anciens). Le gouvernement lui-même prévient de ce vieillissement dans une note de 2004.

Sachant que les réacteurs durent 40 ans, dès 2020 se posera le problème du remplacement. Cependant bien avant se pose celui de la maintenance. Je n’ai beau pas être ingénieur nucléaire, j’ose cependant imaginer que la maintenance d’un réacteur doit être importante au début (éventuels défauts) et en fin de vie, un peu comme tout appareil de haute technologie. Donc il y a fort à parier que la production nucléaire française, du fait de charges de maintenance croissantes, ne pourra que baisser en volume tout en se renchérissant.

L’âge d’or du nucléaire semble passé. A suivre…

Cependant, il serait grand temps de penser à ce qu’il faut faire pour compenser. La consommation électrique augmente en tendance de 1% par an (cf. rapport de RTE), la production nucléaire baisse de 1% par an. Cela représentent 8 TWh à compenser chaque année, soit 2 fois plus que la totalité de la production électrique éolienne et solaire en France !!! Donc cette compensation va passer, à capacité hydraulique constante, par une hausse des importations et du thermique classique, donc une hausse des émissions de CO2.

Il y a l’EPR, me dira-t-on ? Le réacteur prévu pour 2012 à Flamanville produit 1.650 MW, soit pour 80% de capacité, 11,5 TWh par an. Il faudrait 2 EPR tous les 3 ans pour compenser à la fois la hausse de la consommation électrique et la baisse de la production nucléaire. EPR, c’est 8 ans entre le dossier de maîtrise d’ouvrage et la mise en route. Cela veut dire que dans 8 ans, on aura eu 64 TWh de deficit à combler pour seulement 11,5 TWh d’EPR existant. Deficit restant : 53 TWh, ce qui est immense.

Et je ne parle pas des incertitudes techniques sur EPR

Conclusion : à court-moyen terme, il n’y a que deux solutions en France.

1) réduire la consommation d’électricité : on est mal partis, au vu de son exclusion de la taxe carbone et d’autres mesures contre cette réduction (non application des normes d’isolation pour le chauffage électrique – Grenelle 1, freinage des appareils à basse consommation, voiture électrique tant mise en avant comme la solution à tous nos maux).

2) une hausse de la production thermique classique et des gaz à effet de serre (ou son importation).

Mon pronostic est le 2), à moins que la France se mette réellement aux énergies renouvelables, ce qui n’est pas gagné.

A long terme, mon pari est qu’on va dans le mur, car les réticences à l’implantation de nouvelles centrales sont énormes et les capacités à créer l’équivalent en renouvelable sont extrêmement faibles. Je pense donc que de nouvelles centrales de type EPR seront construites, contre la volonté des français, car on ne leur a pas laissé le choix en choisissant le développement des filières renouvelables. Et que personne n’aura le courage de leur faire baisser leur consommation.

Je préconise donc les mesures suivantes :

1) mise en place de la taxe carbone sur l’électricité, tout de suite ceci afin de casser la hausse de la consommation de 4 TWh par an.

2) réorientation des moyens vers l’installation de production d’électricité en local (biogaz, éolien, solaire) afin de créer 4 TWh par an.

3) construction à terme des EPR Flamanville (2012) et Penly (2017) – en souhaitant que l’EPR soit fiable.

Ces mesures sont seules celles permettant d’éviter une situation difficile, non seulement pour l’environnement, mais pour l’autonomie électrique française. Surtout si, comme moi, on souhaite sortir du nucléaire à horizon 2050.

7 Kommentare to “inquiétudes sur l’avenir de l’autonomie électrique francaise : vers une hausse des émissions de CO2 en France”

  1. erwan :

    Très bon article Florian… ;)
    J’ai hélas peur que la chasse au gaspi ne soit pas la piste privélégié.

    En Bretagne par exemple, 70 % des foyers se chauffe à l’électricité dans une région dépendante à 95 % pour son approvisionnement électrique. Il est plus que temps de lancer une grande campagne de passage à des méthodes de chauffage autre. Il existe des solutions (filière bois, méthanisation, etc… )
    Par ailleurs, c’est une erreur grave de ne pas inclure l’électricité dans la taxe carbone.
    On en reparlera surement à Rennes ;)
    A plus
    Erwan

  2. Rodrigue :

    Pas mal, meme si je pense que la construction de centrale reprendra vers 2020.
    Il n’est pas du tout à exclure que le renouvelable monte en puissance. Beaucoup de chiffres indiquent que c’est le cas. Il y a un rattrapage qui s’opère sur le renouvelable en France.
    Il y a, par ailleurs, d’excellentes déductions fiscales pour l’installation de fenêtres isolantes, de poêle ou incères de cheminées etc…
    Je tiens à rappeler qu’un francais émet en moyenne 40% de moins de CO2 qu’un allemand en dépit de tout le parc éolien et solaire installé de ce côté du Rhin.
    La solution est un ensemble das lequel le nucléaire joue et continuera de jouer un rôle prépondérant avec le gaz, l’éfficacité énergétique et le renouvelable. Chacun avec ses avantages et ses inconvénients

  3. Joel GREA :

    Excellent article… Mis à part que la présence d’un parc nucléaire n’implique absolument pas une faible part du renouvelable, comme nous le prouve la Suède (cf cet article de Jean-Marc Jancovici : http://www.manicore.com/documentation/recherche_energie.html).

    Il est crucial de faire quelque-chose rapidement.

  4. Florian (pas le même) :

    Bel article. ça laisse songeur. Je crains que probablement on en arrive à construire plus de réacteurs nucléaires, le pire des cas étant celui où la sécurité serait négligée.
    Il est aussi possible que l’électricité deviennent un produit moins accessible, donc de luxe, avec toutes les conséquences sociales, sanitaires et écologiques imaginables.
    On peut ajouter à cette dernière remarque bien pessimiste une augmentation certaine du prix de l’essence et de quelques autres biens auxquels je ne pense pas par manque d’informations, qui ne fera qu’aggraver la situation.

  5. Florian Chiron :

    @ Florian : la hausse des produits pétroliers impactera tout : de la nourriture (engrais, tracteurs, etc.) aux produits manufacturés, aux transports, etc.
    La seule solution est de se désintoxiquer au plus vite et pour ceci il y a la taxe carbone qui doit être compensée. Voir mon article dessus par ailleurs.
    Je pense qu’on peut arriver à des coupures d’électricité si on ne fait pas attention. On n’y est pas encore mais bon il suffit d’entendre les élucubrations sur la voiture électrique pour se dire qu’on ne sait pas où on va….

  6. europium :

    -Le retard dans la maintenance des centrales nucléaires est dû a un mouvement de grève chez EDF (cet été de mémoire )

    -Cet hiver a deux moments( deux pics de froid) la france a frisé la catastrophe car la demande en électricité a quasiment atteint toute l’offre disponible. si la demande a un moment T devient supérieur a l’offre c’est tout le réseau qui saute. c’est pour cette raison qu’il existe logiquement des procédures de délestage pour sécuriser les points sensibles en cas de forte demande.

    -cette été la france a dû importer du courant de GB ….

    -Effectivement il faut implanter de nouvelles centrale nucléaires!

    -les énergies renouvelables ne peuvent être qu’une source d’appoint pour l’instant. cf ce qui se passe au Danemark avec l’éolien qui pose des problèmes. l’éolien n’est pas fiable et il ne peut y avoir un forte industrie qui fonctionne avec l’éolien car cette énergie est fluctuante suivant qu’il y ait beaucoup de vent ou pas. de plus il se pose un autre problème est que les éoliennes sont dévoreuses d’espaces!

  7. Florian Chiron :

    @ europium : les mouvements de grève expliquent le désastre de 2009 en partie, mais pas la baisse continue de la production d’électricité nucléaire depuis 4 ans.
    Pour implanter de nouvelles centrales il faut mini 8 ans donc c’est un peu tard.

    Oui on va bien voir si le réseau tient le choc car cela peut avoir de dramatiques conséquences.
    On ne peut pas dire que l’éolien ne soit pas fiable, seulement qu’il ne peut que servir d’appoint car il n’apporte que peu d’électricité de base (on estime à 20% la base créée par un réseau d’éoliennes sur un territoire comme la France, car il y a toujours un peu de vent quelque part). L’argument de l’espace ne tient pas, en Autriche les agriculteurs cultivent des céréales sous les éoliennes. Une mine d’uranium + une centrale nucléaire prennent aussi beaucoup d’espaces. Sans parler du charbon…

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